Je
la regarde dormir, paisible - heureuse peut être - tout du moins sans
aucune crainte. Je sais que dans mon cœur, elle est comme mon enfant.
Non, pas vraiment mon enfant; ni elle, ni les autres...non, pas mes
enfants: mon troupeau, ma horde, ma tribu. Un animal pourrait-il être
mon enfant? Ils n'ont pas consciemment besoin de moi, ils ne se soucient
pas de ce que signifierait mon absence, mais j'ai une place dans leur
cœur, ça du moins je le sais, et cela me suffit. Une place aimée et
respectée, où je ne suis plus humaine, je suis la Dominante, la Chef de
Troupeau ; que l'on taquine mais que l'on craint, qui nourrit et
dispense les câlins, qui embête ou qui gâte. Le seul rôle dans lequel je
me sente moi: un rôle à peine humain, une place que j'ai acquise sans
faux-semblants, sans flatterie, ma place parmi eux.
Je
sais à leur regard, à leurs manières, à leur langage si subtil chacune
de leurs humeurs, chacune de leurs peines animales ou de leurs félicités
matérielles. Je leur parle et ils me comprennent. Oh pas comme on parle
à un humain, non ; le langage dont je parle est à la fois plus précis
et plus vague: un transfert d'émotions, comme lors d'une danse sensuelle
; sans hypocrisie aucune, un jeu de regards, de tensions, de contacts
tactiles ou de répulsions; un jeu qui met tout le corps à contribution,
qui oblige par là même à dominer son propre langage corporel pour se
faire comprendre et comprendre à son tour. Tout comme on parle Anglais à
un Anglais, Chinois à un Chinois, je parle Cheval à mes chevaux, je
parle Chat à mes chats. Le plus pur et le plus complet des langages, qui
ne parle finalement que de la survie ensemble dans un monde dont ils se
moquent bien. Malgré cela, un langage où les émotions sont à la fois
plus simples et plus fortes ; plus spontanées mais jamais fausses.
Je
les aime et ils le savent, et me le rendent tant qu'il peuvent ou en
ont envie selon les jours. Qu'importe, si un jour ils m'aiment moins,
ils m'aimeront deux fois plus le lendemain. Sans rancunes mais à l'affut
des injustices, le meilleur miroir de mes erreurs, sans jugement,
jamais. Ma vie enfin, mes souffrances et mes joies, aussi puissantes
qu'éphémères; et pourtant gravées à vie au plus profond de mon coeur. Ma
Passion.
Poyo, 19 août 2009
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